Vendredi 13 juin 2008


” Dernières informations en provenance de la passerelle » : c’est ainsi que Luc Frémy, le directeur de l’agence NDS, nous fait partager chaque jour les données techniques transmises par le commandant de bord : vitesse du Princess Danae, profondeur de la mer, longitude, latitude… Intriguées, nous avons voulu à notre tour en savoir plus. Spécialement pour vous, lecteurs internautes, voici une interview exclusive de José Valente, 64 ans, seul maître à bord après Dieu !
Propos recueillis par Nathalie Claveau, Claudine Daynac et Maryvonne Buss.

Pèlerin : Commandant, d’où vient votre vocation ? Rêviez-vous déjà d’exercer ce métier lorsque vous étiez enfant ?
José Valente : J’ai pris ma décision vers 18 ans. Je suis né à Aveiro, au Portugal, une ville de marins. Mon père travaillait dans la construction navale. J’ai d’abord fait 5 mois de service militaire dans la marine de guerre, puis j’ai commencé mes études à l’Ecole Nautique de Lisbonne, dont je suis sorti« cadet » (premier grade dans la carrière d’officier de marine, NDLR). Et après un an de navigation, je suis devenu 3ème officier.
Vous souvenez-vous du premier bateau sur lequel vous avez embarqué ?
C’était sur le cargo « Arraiolos », en 1965.

Et depuis ce premier embarquement ? Quel a été votre parcours avant le Princess Danae ?
Jusqu’à l’an 2000, date où j’ai commencé à commander des bateaux de croisière, j’ai fait toute ma carrière sur des cargos. J’ai commencé par L’Afrique et le Nord de l’Europe. Vous savez, un jeune rêve toujours de visiter d’autres pays… Naviguer sur un paquebot, c’est vraiment autre chose. Les destinations sont toujours les mêmes. Transporter des containers ou des passagers, cela fait aussi une différence ! Et à la différence des cargos, il y a davantage de manoeuvres, jusqu’à deux ports par jour.
Quel est le rythme de travail des officiers de bord ?
Pour les 3 officiers de bord, le rythme est de 4 heures de travail, 8h de repos, à tour de rôle sur 24 h. Sur l’année, nous alternons 4 mois de travail en mer et 2 mois de repos.
Quel est votre souvenir le plus marquant à bord du Princess Danae ?
Une croisière sur l’Amazone, de Belem à Manaus. A un endroit, le fleuve faisait un coude de 180°, il fallait reculer pour arriver à passer. Les branches des arbres touchaient les fenêtres du bateau ! Pendant la manoeuvre, le photographe de bord a été à deux doigts de tomber à l’eau.

Quel matériel de navigation utilisez-vous ? Certains outils ont-ils changé votre métier ?
En début de carrière, j’avais pour tout matériel un radar,un sextant et des cartes nautiques. Depuis, nous avons le GPS et l’informatique embarquée. On fixe le cap, on manipule un joystick et le bateau avance tout seul ! Sauf en cas de panne informatique, bien sûr… Personnellement, je préfère l’ancienne méthode. D’ailleurs, regardez, j’utilise toujours des cartes papier !
Commandant, pour finir, une question plus personnelle : avec un métier aussi exigeant, avez-vous pu préserver une vie familiale ?
Je suis marié, j’ai une famille. Mais je vais vous faire une confidence : j’aime mon métier, mais je n’aime pas ma vie de mer. La vie en mer n’est pas une vie normale.


Les chiffres-clés du Princess Danae

550 passagers, 200 membres d’équipage
(capacité maximale du bateau : 882 personnes)
21 nationalités différentes parmi le personnel de bord
Vitesse maximale : 17 noeuds
Longueur : 162,35 m
144 tonnes d’eau douce consommées chaque jour
40 tonnes de fuel quotidiennes
800 euros : montant du salaire mensuel minimal pour l’équipage
Distance parcourue pendant la croisière Pèlerin : 2127 miles, soit 3939 km.
Pendant la croisière, les passagers ont consommé : 4810 kg de fruits,2900 kgs de légumes, 2330 kg de poisson, et 18300 oeufs !

Bonus : savez-vous ce que signifie les initiales « M/V » que l’on trouve systématiquement au début du logo du Princess Danae ? Motor Vessel (navire à moteur).

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Vendredi 13 juin 2008


Aujourd’hui journée en mer…repos mérité pour tous mais programme chargé malgré tout.
Début de journée, donc, avec une messe célébrée en rite maronite par nos deux prêtres libanais, les P. Maroun et Ghassan : une occasion pour nous de découvrir une autre façon de célébrer la messe.
René Poujol, directeur de la rédaction de Pèlerin, a ensuite animé une table ronde laissant la parole aux membres de la rédaction ainsi qu’aux questions des lecteurs. La journée a été rythmée par les réunions des différents groupes et de leurs animateurs, donnant lieu à une bilan final de notre croisière.

Une conférence du brillant P. Jean-Marc Nicolas, intitulée « Le siècle d’or espagnol : art baroque, un monde de spiritualité » sera suivie par un dîner de gala (bougies, langouste et omelette norvégienne !), ainsi que de la soirée d’adieu « Pèlerin » : l’occasion de derniers échanges entre les journalistes et leurs lecteurs.

Nous vous livrons ici le texte qu’un de nos lecteurs, Camille, a souhaité nous faire partager lors de cette soirée d’adieu, et qui a suscité l’enthousiasme de tous !

« Remerciements à l’équipe Pèlerin, à l’équipe NDS et à tout le personnel du navire »

« Bien que nous ne soyons pas tous abonnés
A votre Pèlerin imprimé
Grâce à tous vos petits soins,
nous nous sommes comportés en pélerins
Pas du tout déprimés.
Et au long de ces dix jours sans anicroches
Bravant les avatars
Nous avons été « chevaliers Bayard »
Sans peur et sans reproches.

Si, quelques fois, notre vieille respectabilité
A eu tendance à traîner un peu les pieds
Par votre entremise, Jacques le majeur
Nous a donné le grand bonheur
A notre passage à Compostelle
De devenir légers comme des hirondelles
D’autant que grâce à son personnel,

« Princesse Danae »

Fut pour nous une confortable, voire luxueuse arche de Noé.

La rumeur dit même qu’avec l’océan Atlantique
Les matelots ont conclu un pacte
Pour que l’océan n’exécute pas le dessein noir
De nous balancer comme des encensoirs

Merci aux équipes et à tout l’équipage
De ce beau voyage et bienfaisant pèlerinage
Sur les multiples flots de différentes infinitudes
Maintes fois nous avons frôlé la plénitude. »
Poème : Camille Mansoux

Demain, bagages bouclés, nous irons sur le pont de « notre » bateau humer une dernière fois l’air iodé avant de reprendre notre route. Mais nous savons maintenant tous, comme l’a dit Monseigneur Defois, que le pèlerinage ne s’arrête pas là
Nathalie Claveau

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Jeudi 12 juin 2008


Nous pourrions vous parler de Compostelle, capitale de la Galice, haut lieu de pèlerinage pour toute l’Europe, de l’arrivée de « nos pèlerins », de la visite des vieux quartiers, des places, des fontaines, des palais… de la messe tout à fait exceptionnelle à laquelle nous avons assisté. Ou encore du rare spectacle du « Botafumeiro », sorte d’encensoir géant de 50 kg manipulé au moyen de cordes par 7 hommes qui lui faisaient effectuer un vaste mouvement de balancier au dessus de nos têtes !

Nous préférerons ce soir vous faire un bilan plus « spirituel » de la journée à Compostelle, aboutissement de notre pèlerinage après 8 jours de voyage. Nous nous inscrivons ainsi dans la démarche du Père Jean-Marie Gautreau, qui depuis le début de notre circuit, donne chaque soir la parole au groupe 4. Il s’agit de donner à chacun une occasion d’évoquer un moment de la journée, de faire partager à tous les membres de son groupe ses impressions et sentiments à l’heure de rentrer sur le bateau.

Ce soir il règne une singulière ambiance dans le car numéro 4. La journée fut chargée et on perçoit une émotion véritable en quittant la ville. La première à prendre la parole est Eliane qui, la voix nouée, rend un vibrant et touchant hommage aux « chemins de Compostelle ».Elle se souvient de son arrivée en compagnie de son mari disparu depuis et nous fait partager sa joie et son émotion. « Merci mon Dieu de m’avoir donné le privilège de revenir une deuxième fois. »

Puis c’est au tour de Joseph, sculpteur, dont les œuvres sont exposées en France mais aussi à l’étranger et qui souhaite partager avec nous sa difficulté à faire connaître son travail. Il nous parle de ses créations préférées, entre autres une de ses dernières œuvres intitulée « le cri du monde »… Son émotion est tangible et nous emporte tous…Nous nous rappelerons longtemps du poisson en bois sculpté par ses soins qu’il porte autour du cou.

C’est au tour d’Anna qui nous fait part de son appréhension à l’idée de faire ce pèlerinage, et de sa satisfaction face à la gentillesse de tous ! Myriam qui nous vient de Belgique évoquera elle de façon inattendue mais tellement sincère les violences commises en particulier sur des enfants, faisant allusion à un procès spectaculaire qui s’ouvre ces jours ci en Belgique.

Jean-Pierre à son tour nous fera part à la fois de sa contrariété pendant la célébration de la messe -due à la circulation des touristes tout autour de lui et des bavardages- tout en nous rappelant que « la vie toute entière est un pèlerinage » et que notre chemin personnel ne doit pas s’arrêter à Compostelle ! Il terminera son intervention en adressant au P. Gautreau ses chaleureuses félicitations au nom de tous pour sa gaîté, sa gentillesse et son humour, avec cette formule pleine de malice « du fond du car et du fond du cœur » !

Françoise, qui a déjà effectué le chemin de Compostelle pensait vivre un grand moment d’émotion surtout à Fatima. Finalement elle nous annonce qu’elle se prépare à faire à nouveau le chemin de Compostelle avec une personne rencontrée il y a peu. Chacune des interventions sera, à l’initiative du P. Gautreau, entrecoupée par le chant « Tenons en éveil la mémoire du seigneur, gardons au cœur le souvenir de ses merveilles »

Suite des interventions avec Paulette qui remercie le Seigneur pour toutes ces célébrations, puis Lucienne qui prévient qu’elle va dire une bêtise : « je suis contente de sortir de la cathédrale vivante… J’ai eu peur que l’encensoir ne me tombe sur la tête » !!!! Jacques remercie à nouveau le P.Jean-Marie, toujours d’humeur égale et veillant sur ses « ouailles » avec un regard protecteur. Il félicitera ensuite chaleureusement l’organisation de ce pèlerinage …. et reprendra les mots de Mgr Defois : « La vie est une marche, nous sommes invités à ne jamais nous arrêter… »

Sur ces derniers témoignages ; le P. Jean-Marie remet à notre guide Margareta un bouquet d’œillets acheté pendant son temps de pause en guise de remerciement pour la qualité de cette journée, l’accompagnement et la gentillesse dont elle a fait preuve. Margareta en rougit….. Une fois encore un très touchant moment d’émotion … Le silence se fait dans le car jusqu’à l’arrivée au bateau …

Nathalie Claveau

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Jeudi 12 juin 2008


Cet après-midi, une fois quittée la zone portuaire, notre car nous conduit vers Porto en longeant les plages, particulièrement animées aujourd’hui en raison de la fête nationale.

Notre première étape nous conduit à l’église Saint François, qui desservait l’ancien couvent franciscain. Derrière l’austère façade de granit de style gothique, fidèle à la sobriété de l’ordre de saint François, surprise : nous découvrons un foisonnement de bois dorés et sculptés, enchevêtrement d’oiseaux, d’angelots, de fleurs… Disposés tout au long de la nef, ces autels privés au style baroque exubérant permettait aux familles bourgeoises de la ville d’afficher leur fortune et leur position sociale.

Nous nous dirigeons ensuite vers la cathédrale, église forteresse du 12ème siècle. Dans le cloître, le bleu des azulejos couvrant les murs apporte une touche de couleur inattendue parmi les 400 quelques colonnes romanes de pierre grise.

Puis c’est l’arrêt tant attendu : visite des chaix de porto et dégustation ! Et bien que certains pèlerins aient prétendu ne pas y toucher (« oh, moi, je trempe juste mes lèvres »), l’ambiance détendue a finalement levé bien des réticences. Ce soir, le Princess Danae s’est alourdi de quelques centaines de bouteilles supplémentaires !

(Avis aux amateurs : ici au Portugal, le porto blanc se boit plutôt en apéritif, le porto rouge (« ruby », moins de 3 ans d’âge, ou « tawny », plus corsé) se déguste plutôt en fin de repas, pour accompagner un dessert.)

Claudine Daynac, Maryvonne Buss et Nathalie Claveau

Surprise du bord : ce soir, au moment du dessert, les Indonésiens de l’équipage sont venus nous donner un petit concert avec un instrument de bambou appelé angklung. Chaque instrument correspond à une note différente. Nous avons eu droit à un florilège de chansons françaises : La vie en rose, Sous les ponts de… Bali !
Dernière minute : ce soir à 21h30, juste avant le coucher du soleil, une flotille bondissante de dauphins a accompagné notre navire…

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Mardi 10 juin 2008


A partir de 9h, célébration pénitentielle communautaire, suivie de l’absolution individuelle ; puis célébration de la messe, avec l’homélie dite par le Père Jean-Marie Gautreau.
Le déjeuner est servi avec un soleil radieux, présent depuis le début de notre périple, alors que la pluie est, paraît-il revenue sur Barcelone.
Cet après-midi, découverte de Porto.
Et comme le Père Cabanac nous le recommande :
« Spiritualité oui, mais gare aux abus de spiritueux ! ».

Claudine Daynac

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Mardi 10 juin 2008


Le sanctuaire marial de Notre-Dame-de-Fatima est l’un des plus connus au monde. Dans quatre jours, le 13 juin, il rassemblera des milliers de fidèles, comme le 13 de chaque mois, surtout les 13 mai et 13 octobre, date des premières et dernières apparitions de la Vierge à trois jeunes bergers, en 1917.
Un temps libre a permis à chacun de visiter l’ensemble du site, imprégné d’une vraie atmosphère de spiritualité. Ensuite, une messe a été célébrée dans une des chapelles.
Puis, après cette première partie de la journée empreinte d’émotion er de recueillement, retour vers la capitale. Un nouveau chapitre touristique complétant notre découverte de Lisbonne s’est amorcé avec un tour panoramique de cette belle ville, et une petite promenade dans les venelles pittoresques du vieux quartier d’Alfama, enfiévré par les préparatifs de la fête nationale, célébrée le 10 juin, c’est-à-dire demain.

Retour au bateau pour dîner, mais il fallait manger léger, car à 23h30, était annoncé un «buffet magnifique » : les mots sont faibles pour traduire la magnificence des plats présentés, le talent exprimés par les équipes en cuisine : c’était aussi beau que bon !
Claudine Daynac

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Mardi 10 juin 2008


Le soleil est toujours de la partie, ce qui permet à ceux qui le souhaitent de prendre leur petit-déjeuner sur le pont du bateau. Un auditoire attentif est allé écouter la passionante conférence du professeur Amalric intitulée : « De saint Jacques à Santiago : Mythes et réalités. » Cette matinée de navigation nous a donné l’envie de faire un petit sondage « micro-coursives » pour recueillir quelques témoignages de passagers : Céline, qui a déjà fait deux croisières avec Pèlerin, est venue spécialement de La Réunion pour faire ce voyage. Elle partage sa cabine avec deux autres dames réunionnaises (et c’est l’entente cordiale). Céline apprécie beaucoup son Père accompagnateur, le Père Nicolas ; la fatigue de l’étape à Grenade fut vite effacée par l’intérêt et la beauté de ce qu’elle a visité. Deux amis, Jean et Jean-Jacques (de la région parisienne) partent, pour la première fois avec Pèlerin. Satisfaits par le début de la croisière, ils attendent avec impatience les étapes de Fatima et Saint-Jacques-de-Compostelle. Ce qui rejoint les témoignages de Cathy (Marseille) et de Colette (région parisienne). Elles ont les yeux qui brillent en parlant de Montserrat et évoquent avec émotion l’office religieux dans la cathédrale de Séville. Quant à Louis (Hérault), c’est sa troisième croisière. Il rêvait de connaître avec sa femme l’Espagne du sud et ce qu’ils découvrent comble leur attente. Anne-Marie (région parisienne) a déjà fait une croisière avec le Père Vincent Cabanac, le directeur spirituel de notre croisière. Après avoir envisagé un pèlerinage en Terre sainte, elle s’est finalement inscrite sur cette croisière et est satisfaite par la première partie du voyage. Le temp du déjeuner, l’ancre avait éte jetée à Lisbonne et nous sommes partis pour la visite de la tour de Belem qui, depuis le début du XVIe siècle, a défendu le monastère des Hieronomythes. Ce chef-d’oeuvre de l’art manuelin est sans doute le monument le plus considérable de la ville.

Nous avons visité la cathédrale et le cloître avant la célébration de la messe, dont l’homélie a été assurée par le père Vincent Cabanac.

De retour sur le bateau, une brillante intervention de Mgr Defois (lire ci-dessous) a rassemblé une majorité de pèlerins : il a brossé une passionnante analyse de l’Eglise d’aujourd’hui et de demain, avec réalisme et confiance. La journée fut encore riche et bien remplie. Demain, ce sera l’étape très attendue par une majorité de personnes : le sanctuaire marial de Fatima.

Claudine Daynac

Pas si fragile, l’Eglise !
Le 8 juin, au retour de Lisbonne, Mgr Gérard Defois, archevêque émérite de Lille, nous a donné une conférence vibrante d’espérance sur l’avenir de l’Eglise. Son titre : « L’avenir de l’Eglise et l’Eglise de l’avenir ; la rencontre des autres. » En voici quelques extraits pris sur le vif.

L’avenir de l’Eglise, une question récurrente
« Il n’y a pas qu’aujourd’hui que l’on se pose la question de l’avenir de l’Eglise… Sous Charles X déjà, un ministre avait dit : « l’Eglise n’en a plus que pour 5 ans » ! (…) Qu’est-ce que cela veut dire, « l’avenir de l’Eglise » ? L’Eglise n’a pas plus « d’avenir » aujourd’hui qu’elle n’en avait en 1940… En revanche, elle a à recevoir un avenir. Et à être portée par l’Esprit Saint. »

Hier, un monde protégé
«Pendant mes années d’enfance et de jeunesse, nous vivions dans un climat d’espérance, protégé, sûr de lui-même. Lors des premières communions, les enfants de l’école laïque avaient droit au banc du fond… Je n’ai rencontré un incroyant pour la première fois qu’au service militaire, à 21-22 ans ! C’est le Concile qui nous a ouverts à la rencontre des autres ».

De nouveaux rendez-vous à inventer
« On parle de « rupture des traditions », de « baisse de la pratique»… En réalité, d’autres choses apparaissent, autrement : aujourd’hui, par exemple, un certain nombre de jeunes chrétiens sont issus de milieux non pratiquants ; des musulmans se font baptiser… Entre croyants et non croyants, la frontière s’est faite beaucoup plus poreuse qu’autrefois. On dit que les églises sont vides ? Oui et non : autrefois, nous étions dans une situation de stabilité, de continuité, de répétition. Tout le monde passait le dimanche dans le territoire de la paroisse. Aujourd’hui, la mobilité domine. Les églises ne sont pas vides, mais elles se remplissent… de temps en temps. »

Quelle place pour les jeunes ?

«Dans nos communautés, quelle place donnons-nous aux jeunes pour que ces derniers soient acteurs de la prière, de la vie collective ? Les jeunes ne sont plus des enfants ! Ils ont un besoin spirituel, mais notre Eglise est trop bavarde, trop agitée, nos liturgies trop stéréotypées. On veut faire du « zinzin », des « trucs qui tournent » pour attirer les jeunes. Mais eux, ce qu’ils veulent, c’est du temps, ne pas être stressés… Par exemple, à Lille, nous avons la «messe qui prend son temps », le dimanche soir, de 18h à 20h (…) A Taizé également, les jeunes ont redécouvert le silence, la prière. Si cela est appuyé, des continuités s’ébauchent. »

Moins de prêtres ? Embauchons !
Il y a 50 ans, il y avait 1800 prêtres dans le diocèse de Lille, 600 il y a 10 ans, 400 en 2008… Dans cette situation de nouveauté, il faut cesser de penser seulement en termes de remplacement des prêtres. A la manière des mouvements d’action catholique en leur temps, ou des communautés nouvelles dans les années 70, il nous faut inventer quelque chose de nouveau, d’original, une autre type d’Eglise, qui ne sera pas celle du clocher du village (…). Déjà, des laïcs assurent quantité de services : accompagnement des funérailles, etc. Il y a là des chances à raviver (…).
L’Eglise, ce n’est pas l’affaire des prêtres, c’est la vôtre et la mienne ! Grâce au Concile, on a réinventé les diacres. On réinventera d’autres ministères. Il faut que notre Eglise soit une Eglise de partenaires, qui embauche et qui arrive à donner des responsabilités. A deux conditions : que l’on prenne un engagement à vie, et que cet engagement soit porté par une vie de prière personnelle.

Une épreuve de vérité

« Ce que nous vivons –sécularisation, rupture des transmissions…- est une épreuve qui nous renvoie à notre identité, mais une identité fondée sur la présence intérieure de Dieu en nous. C’est sur cette intériorité, sur ce coeur de l’homme qu’il importe de bâtir une vie d’Eglise. Si notre coeur est rempli d’amertume, d’orgueil déçu, nous ne pouvons pas aimer Dieu et notre frère (…). Nous avons trop voulu appliquer à l’Eglise des méthodes de marketing. Dans l’évangile de la moisson abondante, l’apôtre est d’abord quelqu’un qui récolte, ce n’est pas forcément un laboureur ! Le travail d’annonce de la foi, il est fait par l’Esprit Saint (…). Nous, chrétiens, voulons trop faire pour avoir la conscience droite. Une de nos fautes, c’est de ne pas croire assez à la force de Dieu et de l’Esprit Saint. Or ce qui est capital, c’est ce souffle de l’Esprit qui ressurgit à l’heure actuelle.

A la rencontre de l’autre

Nous sommes face à un monde qui nous pose des questions redoutables sur l’euthanasie, l’avortement, l’homoparentalité… Face à ces questions, l’Eglise cherche à souligner des valeurs fondamentales. Voulons-nous rencontrer l’autre dans sa maladie, sa souffrance, ses erreurs ? Dans un monde qui a un problème très profond de culpabilité, sommes-nous des artisans de paix, au service de la réconciliation ? Notre responsabilité est d’être des gens qui portent un regard d’espérance sur les autres : « va, et ne pêche plus »… Des gens qui ont la passion de construire et de reconstruire. La foi chrétienne, ce n’est pas d’abord d’aller à la messe le dimanche : elle est dans cette passion de la résurrection de l’autre, spécifique de l’Evangile.

propos recueillis par Maryvonne Buss

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Dimanche 8 juin 2008


Séville - Réveil progressif grâce à la voix « ensorcelante » de Luc, notre directeur de croisière, dont les informations nous parviennent directement par haut-parleurs dans les cabines. Les groupes ont maintenant pris l’habitude des départs échelonnés vers les cars qui nous véhiculent. Notre voyage dans le car numéro 11 débute par une chanson entamée par le truculent « Edmond » ….. La belle de Cadix a des yeux de velours… Nous poursuivrons, rassurez-vous, un peu plus tard au cours du trajet par quelques chants plus adaptés à notre démarche !

La visite des jardins de l’Alcazar nous enchantera tous, ainsi que la découverte de ce bel ensemble palatial. Le charme se prolongea avec la visite de l’ancien quartier juif « Santa Cruz » : ruelles étroites , débauche d’éventails, de robes de flamenco, et rencontre inopinée avec une magnifique mariée andalouse !

Après un copieux déjeuner, et une visite de la cathédrale aux dimensions impressionnantes ( par la taille, elle se situe juste après Saint-Pierre de Rome et Saint-Paul de Londres), le point d’orgue de la journée sera la messe « spéciale Pèlerin » dans l’édifice ouvert pour nous seuls.

Le soleil cogne fort à Séville, même à 18h. Il est temps de regagner nos cars, car le programme à bord comporte une soirée musicale animée par Emmanuel Auvray, maître de chapelle à Sainte-Anne d’Auray et Michel Jézo, organiste titulaire de la cathédrale de Vannes. Tous deux sont également les animateurs de deux de nos groupes.

Après cette journée bien remplie, une bonne nouvelle : nous passons cette nuit à l’heure portugaise et nous gagnerons une heure de sommeil ! Nathalie Claveau

PS : Au passage, nous vous confions cette histoire racontée par le Père Yves Guillauma, qui ressemble à s’y méprendre à une « blague de curé » -sauf qu’ici tout est véridique : « De passage à Bordeaux, je concélèbre la messe avec un collègue. De retour à la sacristie, nous voyons arriver une vieille dame qui s’extasie : « mon Père, j’ai beaucoup apprécié votre homélie ». Mon confrère demande, sans aucune malice : « ah oui ? et qu’avez-vous apprécié au juste » ? Et la vieille dame de répondre : « Quoi ? Parlez plus fort ! Je suis sourde ! »

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Samedi 7 juin 2008


Grenade - Ses murailles sont aussi rouges que la pulpe du fruit qui a donné son nom à la ville : l’Alhambra de Grenade, que nous avons visité aujourd’hui, est un régal pour les yeux. Et une magnifique introduction à la civilisation arabe : que l’on se promène dans les jardins du Generalife, entre fontaines, cyprès, massifs de buis enserrant de précieux parterres de roses et de giroflées, ou que l’on arpente les fameux « palais nasrides » (du nom de la dynastie qui les construisit, à partir de 1238), le dépaysement  est total,  l’éblouissement permanent.
Effectuée sous un soleil clément, cette visite un peu sportive –il faut aimer les escaliers et ne pas craindre les dénivellés !- s’est poursuivie dans la ville basse, où notre groupe a déjeuné dans deux restaurants différents. Puis à l’heure du « sport national » (la sieste espagnole !), et sous un soleil nettement plus vif, nous nous sommes dirigés vers la cathédrale de Grenade , exceptionnellement ouverte à notre intention pour une messe privée. Nous avions beau être 500, nous nous sentions tous petits dans ce bâtiment de style Renaissance aux dimensions gigantesques : cinq nefs, une coupole centrale de 22 m de diamètre, statues colossales, tableaux, ors et dorures : la puissance des rois catholiques, Isabelle et Ferdinand, s’y exprime sans aucune ambiguité… Accueillis par l’archevêque de Grenade,  nous avons participé à une célébration eucharistique priante et chantante,  malgré une acoustique un peu capricieuse –soucieux d’éblouir, les architectes qui se sont succédés à partir de 1523 ont vraisemblablement considéré que le plaisir des yeux primait sur celui des oreilles.
Après une visite de la Capilla Real (la chapelle royale) jouxtant la cathédrale,  le retour vers le port de Malaga -où le Princess Danae avait accosté tôt dans la matinée-nous a permis d’admirer les collines couvertes d’oliviers, baignées par une douce lumière de fin d’après-midi. Ca et là, des grappes de maisons blanchies à la chaux s’étageant sur les versants .. : l’Espagne, la vraie !
Maryvonne Buss

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Vendredi 6 juin 2008


Une journée en ombres et lumière, puisque  nous avons eu la tristesse d’apprendre ce matin le décès d’un collaborateur  de Pélerin, emporté par un cancer foudroyant.
Nous l’avons porté dans nos prières, lors de la messe qui a réuni au Grand salon, à 8h45, une bonne partie des passagers. La messe était présidée par Mgr Defois et l’homélie  assurée par le Père Patrick Zago, assomptionniste  et ancien membre du Directoire du groupe Bayard.

Puis les amateurs d’histoire  ont pu parfaire leurs connaissances grâce à la conférence érudite de Jean-Pierre Amalric, professeur d’histoire  émérite de la faculté de Toulouse.
Le thème : « Chrétiens, juifs  et maures en Espagne, contacts et conflits des trois religions »  constituait une excellente introduction à nos visites des deux jours à venir, Grenade et Séville.

Au pont n°2, alors que des sportifs, encouragés par le soleil magnifique, bravaient la température un peu fraîche de la piscine  remplie d’eau de mer pendant la nuit –du haut de ses 4 ans, Paul, le plus jeune de ces baigneurs n’était pas le moins assidu !-  se mettaient en place les premières rencontres par groupe avec les Pères animateurs : il s’agissait  de faire plus ample connaissance ;  chacun se présentant et exprimant, en quelques mots, ses attentes par rapport à notre croisière-pélerinage.

L’après-midi, un programme tout aussi dense attendait nos pèlerins, avec, pour commencer, une table ronde animée par René Poujol, entouré de l’équipe  de rédaction au grand complet : le débat sur l’éditorial  du n° précédent fut nourri !

Le Père Jean-Marc Nicolas  proposa dans la foulée une conférence illustrée  de diapositives , afin de nous permettre de voir d’un autre oeil l’art roman et gothique  au cours de nos visites, en insistant notamment sur leur dimension spirituelle.

Soirée de gala pour finir la journée, avec le « cocktail du Commandant » : ce dernier, tout de blanc vêtu, accueillait un à un chaque passager –un événement immortalisé par une photo de notre paparazzi de bord. Puis il nous présenta son staff, en précisant que pas moins de 21 nationalités étaient présentes sur le Princess Danae : un médecin ukrainien, un maître d’hôtel portugais, un chef cuisinier français… Ce dernier nous avait d’ailleurs  concocté un menu gastronomique  digne  d’un trois étoiles.
Quant à ceux que cet excès de calories inquièterait, qu’ils  se rassurent : les longueurs en piscine et la salle de fitness sauront bien effacer quelques rondeurs !

Maryvonne Buss, Claudine Daynac et Nathalie Claveau

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